Le Plan D

Interview juin 2016

Je suis…

Je suis Pamela Rouxel, j’ai 25 ans, j’habite Saint-Brieuc et suis native de Plaintel, je suis éducatrice spécialisée nouvellement coordinatrice de projets socioculturels, un mot un peu long qui consiste à monter des projets collectifs et aider à les faire émerger et je suis aussi engagée dans plusieurs associations notamment le CEAS, l’association le Plan D que j’ai pu créer avec des amies et qui grandit et toute forme de projets de manière éphémère ou d’un peu plus longue durée.

Le projet

Le projet que je présente, c’est celui de l’association le Plan D. Il consiste à remettre aux normes l’ancienne brasserie de Saint-Brieuc, dans le quartier de la Ville Jouha. C’est une brasserie qui a été en activité de 1850 à 1950 et le site a été laissé à l’abandon depuis plusieurs années. Les propriétaires ont essayé de rénover, plusieurs personnes s’y sont intéressées. Jusqu’à 2015, il n’y avait rien eu de concrets à part quelques chantiers de bénévoles de temps en temps et donc avec quelques amies, nous avons décidé de créer l’association du Plan D, avec un D comme débrouille pour essayer d’en faire un éco-lieu culturel, un lieu qui accueillerait toute forme de public : public familial, personne de l’agglomération, artiste, association autour du développement durable et autour d’activités artistiques et de loisirs.

Objectifs

Genèse du projet
Ca a commencé il y a dix ans à l’achat de la brasserie, il y avait déjà une idée d’éco-lieu par la propriétaire Brigitte Gil. Son quotidien et d’autres projets d’assos ne lui ont pas permis de mettre au point ce projet. Elle a passé le relais à sa fille Pauline, qui est une amie, et qui a réussi à mobiliser des gens de manière ponctuelle et sans avoir de projets précis.
Pour moi, ça a commencé l’été dernier. Je cogitais à une coopérative culturelle avec des amis qui étaient soit artistes soit professionnels, semi-pro ou amateurs mais en manque de moyens. On a donc fait le constat qu’il manquait, en tout cas, pour certaines choses encore et certaines formes d’art, des équipements à Saint-Brieuc. Plutôt que mobiliser d’un côté sans avoir de lieu et avoir un lieu de l’autre côté sans mobiliser, nous avons croisé les deux projets pour essayer de faire cet éco-lieu culturel et c’est comme ça que nous avons créé l’association du Plan D. C’était en octobre 2015.

Date de début  : octobre 2015
Nombre de personnes participantes :
Au début, nous étions trois. Il y avait Pauline Gil, la fille des propriétaires, Mathilde le Masson, qui est la troisième membre du bureau qui, elle, a plus une formation culturelle et moi-même. Mathilde représentait le côté culturel, Pauline avait le côté développement durable et un peu envie de se former à tout ce qui concerne les chantiers et moi j’avais le côté plus social de par ma formation d’éducatrice et par rapport aussi à mon expérience au CEAS et mon nouveau diplôme, le côté socioculturel. Ensuite, fin avril 2015, nous avons été lauréates de l’Appel à Projet Expérimentation de Saint-Brieuc Armor Agglomération. Cela nous a permis d’avoir un peu de communication. Des artisans bénévoles se sont intéressés au projet et sont venus le week end pour nous aider à faire du débroussaillage, à faire toutes les premières actions qu’il fallait pour remettre le lieu en état. Un maître d’oeuvre bénévole nous a rejointes et nous a soutenues. Tous les week end, cela représentait à peu près une vingtaine de bénévoles, ce qui nous a permis de faire notre premier évènement le 29 mai 2016 et depuis, nous sommes passés à 120 adhérents, ce qui est assez énorme pour une petite association.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Les prochaines étapes sont simples : le lieu est composé de trois bâtiments, plus ou moins en ruine. Il y en a un qui est totalement en ruine qui a besoin d’être sécurisé. Un autre qui est aussi en ruine mais qui pourrait accueillir des projets. On pourrait mettre en place des projets de type coworking, ce serait accueillir des projets côte-à-côte mais qui puissent aussi travailler ensemble mais que ce soit quand même des personnes fixes qui restent sur le lieu.
Aujourd’hui la prochaine étape, c’est la mise aux normes pour pouvoir accueillir du public et commencer des activités. Nous pourrons louer le local à des associations (nous avons beaucoup de demandes), commencer des ateliers de type artistiques, ouvrir une salle de répétition car pour cette forme artistique, nous avons le matériel nécessaire que nous avons reçu sous forme de dons.

L’étape suivante serait de pouvoir sécuriser le deuxième bâtiment. Cela demande un budget de 13 000 euros pour la sécurisation et pour qu’il puisse ne plus se décomposer sur place, ce n’est pas le terme professionnel, mais comme je ne suis pas la plus manuelle des trois, on fera avec ce terme là 🙂 Pour qu’on puisse aussi faire sans danger des actions jusqu’au mur de l’extérieur et ensuite le troisième bâtiment, ce serait l’ultime étape pour pouvoir accueillir des projets fixes soit des associations soit des entrepreneurs qui veulent tester une activité donc toujours avec ces valeurs là mais le projet reste ouvert pour d’autres choses.

Partenaires engagés (public, privé)

Notre premier soutien a été l’agglomération de Saint-Brieuc avec la subvention de 10 000€ de l’Appel à Projet Expérimentation. Nous avons eu l’accompagnement d’un technicien pour nous aider au quotidien sur certaines questions. Nous avons rencontré plusieurs associations comme la Pâture es chêne, une asso qui nous a aidé à créer un jardin en permaculture, en extérieur avec un groupe de bénévoles. Nous avons eu d’autres soutiens plus ponctuels, des associations musicales pour les évènements. Après, plus informellement il y a eu aussi le CEAS avec qui on a discuté du projet, Rich’ESS qu’on a pu voir aussi pour échanger. Après, c’est vraiment dans les cartons et les partenariats sont encore à créer autour de projets à finaliser.

A l’échelle du quartier, nous avons été invités à des discussions mensuelles avec le comité de quartier qui est au courant du projet, à des discussions avec la mairie qui compte refaire le quartier en éco-quartier sous le mandat actuel. Ce sera un soutien pour le projet et réciproquement.

Impacts visibles autour de soi

Sur le lieu, lors de la première du plan D, le 29 mai 2016, je ne sais pas si on peut parler d’un indicateur solide mais voir la banane des gens qui étaient là, y avait vraiment une ambiance où les gens avaient envie de partager quelque chose. Je ne pense pas que ce soit le projet en lui-même qui ait créé ça, je pense que notre projet vient avec d’autres projets sur le territoire répondre à un besoin commun en ce moment, un besoin d’avoir des lieux où les gens reprennent contact, où les gens repartagent des choses et donc ça nous conforte pour continuer dans le sens où on répond à ce besoin.

Sur le quartier, je ne peux pas encore mesurer l’impact. En tout cas, j’espère que nous avons pu et que nous allons continuer à aider à ce projet d’éco-quartier, nous avons eu écho que les habitants avaient ce souhait là depuis plus d’une dizaine d’années, donc nous sommes contents de voir que ça prend forme et de pouvoir appuyer cette démarche.

Nous voyons par rapport à la demande actuelle, au nombre d’associations qui nous demandent à faire des projets de soirée ou de journée d’évènementiels, qu’il y a besoin de lieux comme ça. Par rapport à la liste d’artistes et de groupes locaux qui demandent à avoir accès à du matériel, nous savons aussi que ça nous conforte dans le besoin qu’il y a d’avoir cette ressource là sur le territoire.

Rien n’est confirmé pour l’instant mais de manière sure, en dehors de la banane des gens lors de notre premier évènement, l’engagement des bénévoles qui, mine de rien, tiennent sur la durée (une vingtaine de bénévoles, tous les week end pendant deux mois). Ce n’est pas rien !

Logistique

Nous étions trois, 0 euro, mon petit pc de travail que j’ai acheté en 2015 quand j’étais stagiaire au CEAS, très peu de moyens. Pour information, nous continuons toujours à travailler avec peu de moyens, ne serait-ce qu’avec les transports par exemple : Mathilde fait ses études à Paris et est en stage en Seine Saint Denis, Pauline a un emploi sur Nantes. Cela fait beaucoup de déplacements, moi je suis sur place mais je travaille à côté, enfin j’essaie et donc c’est peu de moyens en terme de temps et d’investissement financier. Cela ne parait pas grand-chose comme ça mais mine de rien quand on démarre une association, on a besoin de beaucoup se voir, de beaucoup s’appeler, parfois on n’est disponible qu’en heure tardive, ça demande aussi que le week-end, plutôt que de le passer juste à se faire plaisir… on a toujours des choses à gérer en urgence donc on se dit que c’est juste pour ce week end et que ce n’est jamais que pour un week end donc y en a toujours.

Puis nous avons eu les 10 000 € de l’agglomération qui vont beaucoup nous aider par rapport au chantier. Au 27 juin 2016, je ne sais pas si c’est une bonne chose de le dire ouvertement mais nous avons fait en sorte de ne rien dépenser en dehors de l’assurance. C’est tellement précieux que nous voulons utiliser cet argent vraiment à bon escient. Par exemple, sur les 10 000 €, 7 000 € partent dans trois portes « sécurité » qui vont être sur mesure pour répondre au cahier des charges de la mise aux normes des bâtiments. Tous les chantiers faits jusqu’ici l’ont été avec du prêt de matériel. Pour la salle de répétition, comme je le disais tout à l’heure, le matériel nous a été donné par des personnes qui étaient intéressées par le projet ou pour du prêt à longue durée (j’ai un ampli basse, j’ai voulu me mettre à la basse y a trois ans, en fait je ne m’y mets pas, je vais prêter mon matériel en attendant). Nous avons aussi reçu le don d’une association dont le créateur est décédé, ces enfants font partis de l’association et veulent nous faire un achat de matériel. Comme pour la subvention, nous réfléchissons à comment l’utiliser au mieux.

Dernier mot

Nous espérons ne pas faire tout ça en vain, que ça va aboutir, faire de beaux évènements, passer de belles journées comme le 29 mai.

Et puis qu’il y ait d’autres projets comme ça en parallèle avec qui on puisse travailler que d’autres associations sur le territoire puissent aussi évoluer.
Le monde des bisounours, paix sur le monde 🙂